Jean-Pierre FAIVRE

Atelier : 13, rue de Gand, 59000 Lille.
Tél. : +33 3 20 51 56 93

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Autant qu'un hymne à la beauté de l'Asie parcourue, la peinture de Jean-Pierre Faivre, résolument en marge des courants actuels, est un hommage au génie et au métier des Anciens.

L'Asie ne mérite-t-elle pas mieux que ces arrêts sur albums, contemplation a posteriori et souvent narcissique de photos qui lui ont été dérobées en passant ? Jean-Pierre Faivre, à l'inverse, se donne le temps de regarder, de prendre garde, (comme le rappelle l'étymologie) de s'asseoir, de contempler, d'aimer.

A l'excitation première que suscite l'intensité des scènes et des paysages rencontrés, succède une contemplation active, la tentative acharnée de comprendre, par le croquis, de cerner la complexité du réel, non pour en faire le reportage, mais pour en restituer l'enchantement.

Ambition et humilité du peintre, depuis les Maîtres, dans la lignée desquels il s'inscrit, revenant sans cesse sur le motif et sur la palette, élargissant désespérément les dimensions du cadre pour y loger, comme Ucello des armées en bataille, ces processions

funéraires ou ces feuillages tropicaux aux architectures titanesques. L'ombre de Delacroix plane sur les sacrifices de buffles observés chez le peuple toradja sur l' île de Sulawesi . La robe jaune de Wayan, et les génies balinais qui veillent sur sa sieste, rendent explicitement à Gauguin ce qui est lui est dû, et tel agencement de jungle pose au regard le même problème que certains nus de Picasso.

Ces réminiscences sous-tendent et nourrissent la fascination du peintre pour un univers où règne la violence explosive de la couleur.

L'onde choc de la couleur - dont on ne peut manquer de faire l'expérience en Inde ou en Indonésie- se répercute à travers toute l'œuvre, avec une jubilation et une audace extrêmes. C'est elle qui donne à la forme son énergie, osant au milieu d'une symphonie en vert ou en brun, la dissonance d'un magenta acide ou d'un jaune provoquant, sans porter atteinte à l'équilibre et la rigueur de la composition.

Jouissance et célébration de la couleur, fête de l'être- au- monde, ici et maintenant, qui pourraient faire croire à de possibles paradis.

Certes. Mais l'univers de Jean-Pierre Faivre n'a rien d'exotique. L'ailleurs qu'il nous chante , à vrai dire, est beaucoup moins mythique et lointain qu'il n'y paraît. L'homme n'y voyage que pour mieux se rattraper : ses peurs et ses démons prennent d'autres formes, mais à chaque étape, la mort est au rendez-vous, grimaçante comme une vieille de Goya qui se serait perdue dans la jungle de Florès, victorieuse le temps d'une crémation, ou glaciale comme la pleine lune. A l'œuvre dans les effondrements de bananiers et l'automne accéléré des feuillages . Extorquant aux Balinaises des offrandes, soutirant aux

musiciens de Java des airs mélancoliques.

Déguisée en cochon noir, ou en corbeau qui croyait passer inaperçu sur la plage indienne de Mahabalipuram. Squelette sans atours ni détour, en ombre portée du Dieu Shiva dansant sur le monde avec toute la grâce et la séduction qu'on lui connaît pour mieux le détruire.

Ainsi les éclats de bonheur que ce peintre généreux offre en partage pourraient-ils s'inscrire dans la tradition des Vanités. La profondeur de l'œuvre réside dans cette

tension permanente entre l'enchantement et la mort, la profusion du réel et les limites de la toile, le chaos et l'harmonie.

Tension qui trouve son apaisement chez celui qui a compris l'illusion de toute chose , y compris de la peinture elle-même, l'Eveillé demeurant, les yeux mi clos, dans le présent et la saveur de son propre souffle.
Le peintre, lui, peint le Bouddha à Borobudur.
Et nous autres fous, contemplons avec délice le doigt qui désigne la lune.

Claude TARDAT

 

Impressions d'Asie

 

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Mahabalipuram
115x89 cm
2002

Toute l'Inde est là,
portée à bout de bras par ce dieu infatigable,
qui figure peut-être, discrètement à gauche,
le peintre lui-même
face à sa propre démesure.

Wayan et ses protecteurs
60x60 cm
2003

Procession à Ubud
146x115 cm
2004

Plus que les hommes, les dieux sont insatiables.
Un jour ou l'autre, le volcan se réveillera,
le banian sacré ne sera plus qu'une pieuvre de lave.
Toute féérie est un leurre, la lune le sait.
Les Balinais aussi. C'est pour cela qu'ils sont beaux.

Crémation à Bali
195x97 cm
1990

Procession à Ubud
146x115cm
2003

Kérala - Corbeaux dans un paysage
100x100 cm
1996

Sumba - Paysage au cochon noir
162x113 cm
1992

Au plus profond
de notre jungle intérieure,
entre les feuillages putrescents
et les illusions pas encore perdues,
rôde la mort noire
que personne ne veut regarder
en face.

Flores - Paysage à la vieille femme
130x97 cm
1998

Kerala - Paysage aux trois personnages
115x90 cm
1999

Flores - Enfant dans les bananiers
146x115 cm
1997

Java - Le gamelan du Kraton de Jogjakara
146x97 cm
1997

Ellora - La robe jaune
100x100 cm
1995

Fête aux Célèbes
116x89 cm
1993

Sacrifice de buffles en pays Toradja
161x130 cm
1997

Flores - Un buffle
72x65 cm
1991

Laos - Bord du Mékong
116x89 cm
2003

Laos - Bord du Mékong
116x89 cm
2004

Ellora - La danse de Shiva
81x60 cm
1995

Ellora - Les mères et Shiva pénitent
130x89 cm
1996

Laos - Jeu d'enfants au bord du Mékong
92x73 cm
2004

Flores - Paysage aux buffles
129x97 cm
1992

Borobudur - Un bouddha
100x81 cm
2003

L'ego est une plante carnivore.
Le crépuscule n'apaise rien.
En sa folle sagesse,
le peintre donne à voir
la couleur du silence.

Flores - Paysage
117x90 cm
1991

Kerala - Une maison
100x73 cm
1995

Cette exposition a été présentée au printemps 2004, au culturel Louis Aragon, rue Henri Durre, 59590 Raismes